
Un verger se plante, un équilibre se construit
Il y a quatre ans, nous avons planté 80 arbres haute-tige à la Ferme de Lilan: des pommiers, poiriers, pruniers et cerisiers, mais aussi des châtaigniers, cognassiers, cormiers, kakis et nashis. En attendant les premiers fruits, nous nous sommes concentré·es sur la création d’un écosystème propice à la diversité.
Un arbre haute-tige commence généralement à donner ses premiers fruits après 7 à 10 ans, puis poursuit son développement durant plusieurs décennies. Ce jeune verger est donc une promesse pour l’avenir. À terme, il offrira des pommes, des poires, des prunes, des cerises et d’autres fruits à transformer dans notre conserverie, ainsi que des châtaignes. Ses grandes canopées créeront aussi des espaces ombragés, précieux pour les personnes, les animaux et les cultures qui évoluent à proximité.
En plus des arbres et des récoltes futures, ce qui nous intéresse c’est tout le petit monde qui gravite entre les branches, au pied des troncs, dans les haies et parmi les herbes hautes. Parce que c’est là que se développe déjà tout un réseau d’interactions. Oiseaux, insectes, petits mammifères, reptiles et plantes y trouvent un habitat ou une source de nourriture. Ils participent au fonctionnement et à l’équilibre du verger.
Notre rôle est d’accompagner cette biodiversité en créant des conditions propices à son installation. Nichoirs, abris à insectes, refuges naturels, perchoirs à rapaces, haies et bandes fleuries sont répartis dans le verger. Chaque aménagement remplit un rôle particulier et complète les autres.

Renforcer les équilibres naturels
Dans un écosystème agricole diversifié, de nombreuses espèces contribuent à réguler les populations susceptibles d’endommager les cultures. Les mésanges consomment, par exemple, des chenilles, des pucerons et d’autres insectes. Les rapaces chassent les campagnols et les petits rongeurs. Les chrysopes, les coccinelles, les syrphes et certaines guêpes s’attaquent à différents ravageurs ou participent à la pollinisation.
On parle ici de biodiversité fonctionnelle : les espèces présentes remplissent des fonctions utiles au verger, telles que la pollinisation, la régulation des ravageurs, la décomposition de la matière organique ou encore l’amélioration de la structure du sol. L’objectif consiste à renforcer les relations naturelles entre ces organismes. Un verger capable d’accueillir une grande diversité d’espèces dispose de davantage de ressources pour s’adapter aux maladies, aux ravageurs et aux variations climatiques.
Des nichoirs pour les oiseaux insectivores et les chauves-souris
Neuf nichoirs ont été installés dans notre verger. Ils peuvent accueillir plusieurs espèces d’oiseaux insectivores, parmi lesquelles la mésange charbonnière, la mésange bleue, le rougequeue, la sittelle torchepot, le rougegorge, la bergeronnette grise ou le troglodyte mignon. Ces oiseaux se nourrissent notamment de chenilles tordeuses, de pyrales et de noctuelles, ainsi que de pucerons et de nombreux autres insectes. Leur présence contribue à la régulation naturelle de certaines populations.
Des abris peuvent également favoriser l’installation des chauves-souris. Actives durant la nuit, celles-ci consomment une grande quantité d’insectes volants. Elles prennent le relais des oiseaux lorsque le jour décline. Cette complémentarité entre espèces diurnes et nocturnes renforce le fonctionnement global du verger.

Des abris pour les insectes auxiliaires
Nous avons également installé sept abris à insectes. Ils sont notamment destinés aux chrysopes, aux coccinelles, aux perce-oreilles, aux abeilles solitaires et à certaines guêpes prédatrices ou parasitoïdes. Les larves de chrysopes figurent parmi les auxiliaires particulièrement intéressants. Elles se nourrissent de pucerons, mais aussi d’acariens, d’aleurodes, de cochenilles, de psylles et de thrips. Les abeilles solitaires participent, de leur côté, à la pollinisation des arbres fruitiers et des plantes environnantes.
Ces abris offrent des lieux de repos, de reproduction ou d’hivernage. Leur efficacité dépend cependant des ressources présentes autour d’eux. Pour rester dans le verger, les insectes doivent aussi y trouver du pollen, du nectar, des proies et des zones préservées au fil des saisons.
Des fleurs et des haies pour nourrir et abriter
Les 800 m² de haies et de bandes fleuries aménagés dans les vergers remplissent plusieurs fonctions. Leur floraison fournit une source de nourriture aux pollinisateurs et à de nombreux auxiliaires. Leur végétation sert également d’abri (ponte dans les tiges, dans les feuilles, dans les fleurs), de lieu de reproduction et de corridor pour circuler dans le paysage.
Une haie composée de différentes essences locales crée plusieurs étages de végétation. Elle accueille ainsi des oiseaux, des insectes et de petits animaux aux besoins variés. Elle contribue aussi à ralentir le vent et à créer un microclimat plus favorable autour des arbres.
Les bandes fleuries permettent, quant à elles, d’échelonner les floraisons. Cette continuité est essentielle : une grande abondance de fleurs pendant une courte période offre moins de ressources qu’une succession de floraisons réparties du printemps à l’automne.
Des perchoirs pour les rapaces
Neuf perchoirs ont été disposés dans les vergers afin de faciliter la chasse des buses, des faucons et des chouettes. Depuis ces points d’observation, les rapaces peuvent repérer les campagnols et autres petits rongeurs présents au sol. Ces prédateurs occupent une place importante dans la chaîne alimentaire du verger. Leur présence aide à maintenir un équilibre entre les différentes populations, tout en rappelant qu’un ravageur constitue aussi une ressource alimentaire pour une autre espèce.

Laisser une place au vivant spontané
Tous les habitats du verger ne prennent pas la forme d’une installation construite. Dix refuges naturels ont été aménagés à partir de bois, de pierres, de tuiles ou de brindilles. Ils peuvent accueillir des reptiles, des hérissons, des belettes et de nombreux insectes.
Les zones d’herbe haute, les friches contrôlées, les ronciers et les arbres morts conservés lorsqu’ils ne présentent aucun danger offrent eux aussi des abris précieux. Ce qui paraît parfois désordonné à nos yeux peut constituer un lieu de vie essentiel pour une multitude d’espèces. Cette diversité de milieux crée différentes conditions de lumière, d’humidité, de température et de végétation. Elle permet à davantage d’organismes de trouver leur place dans le verger.
Penser le verger comme un ensemble qui va évoluer
Un nichoir isolé ou un hôtel à insectes apporte une réponse ponctuelle. La véritable richesse apparaît lorsque les habitats forment un réseau cohérent à l’échelle de la parcelle. Un oiseau a besoin d’un lieu pour nicher, mais aussi d’eau, de nourriture et de végétation pour se protéger. Un insecte auxiliaire peut utiliser un abri pour passer l’hiver, puis dépendre des haies et des bandes fleuries pour se nourrir au printemps. Un hérisson trouvera refuge dans un tas de bois et circulera ensuite dans les zones d’herbe haute à la recherche de nourriture. Chaque élément prend ainsi tout son sens dans sa relation avec les autres. La répartition des aménagements, la continuité des ressources et la diversité des habitats comptent autant que leur nombre.
Favoriser la biodiversité demande du temps et de l’observation. Les espèces s’installent selon les saisons, les ressources disponibles et l’évolution du milieu. Certains aménagements fonctionnent rapidement, tandis que d’autres révèlent leur utilité au fil des années.
Ce travail accompagne une vision du verger comme un écosystème cultivé : un lieu de production dans lequel les arbres fruitiers cohabitent avec une grande variété de plantes et d’animaux. En multipliant les habitats et les interactions, nous cherchons à développer des vergers plus vivants, plus autonomes et mieux armés pour traverser les changements à venir.
Vous voulez en savoir plus sur comment développer la diversité dans votre verger?





